Jean Claude Piérot, Artisan de la Voix, nous a fait parvenir sa réflexion philosophique concernant les entraînements au Fair Play, et ce, suite à l’annonce de notre mise à l’honneur par le Comité International pour le Fair Play (CIFP).
C’est avec plaisir que nous vous la livrons.
« De l’entraînement au Fair Play » par Jean-Claude Piérot
La lenteur mène au silence, à l’intériorité, à la présence.
Ralentir mène au présent.
J’ai l’air d’être complètement à côté de l’objet de ce courriel et cependant j’entre de plain-pied dans le premier aspect qui m’apparaît comme fondamental dans ton projet d’entraînement au fair-play, à savoir prendre le temps.
Dans cette course au moi, à l’égo, qui semble prévaloir à tout prix dans notre société contemporaine, il n’y a pas de place pour perdre du temps à autre chose qu’à l’égo et à ce qui le valorise : le résultat.
L’ego a horreur de la lenteur et impose l’idée que si nous voulons nous trouver, nous réaliser, nous devons obligatoirement aller le plus vite possible.
Pourquoi ?
Parce qu’il s’agit d’entériner l’idée que notre épanouissement ne peut provenir que de l’approbation de l’extérieur, du hors de nous, et non de l’intérieur, du fond de nous.
Nous sommes donc toujours tentés de rejoindre quelque chose qui ne fera jamais que se dérober puisque cela ne peut que rester extérieur à nous.
C’est la névrose et la perpétuelle fuite en avant. L’obsession du résultat.
Le résultat, une notion omniprésente dans le sport.
Fût-ce, sous certains aspects, au mépris de l’humain…
Et voilà que toi, tu débarques avec un projet complètement décalé par rapport à cette logique humanicide : prendre un moment pour apprendre (re)trouver le contact avec des valeurs qui font la richesse de l’humanité.
Combien de temps faut-il pour faire un homme ?
Toute une vie.
Une dame d’un certain âge, qui commençait le travail de la voix, m’a dit un jour : dites-moi, Monsieur Piérot, avons-nous jamais, un jour, vraiment fini de naître ?
Combien de temps prenons-nous dans notre vie pour nous exercer – au sens noble du terme, l’exercitium – à nous rapprocher de ces valeurs dont nous nous accordons à dire qu’elles nous confère la qualité d’êtres humains; et qu’à travers elles, nous nous reconnaissons mutuellement en tant que tels ?
Même sans faire quoi que ce soit, sans exercice pratique, simplement prendre le temps d’être présents à notre propre humanité…
Sans attendre que la vie nous envoie de ces déflagrations fulgurantes dont elle a le secret à travers une maladie, un accident, une déchirure, un deuil…
Une de ces épreuves qui nous laissent stupéfaits de prendre conscience à quel point nous vivions en oubliant l’essentiel.
C’est pourquoi, je pense que le simple fait de prendre le temps d’apprendre à être conscients de notre humanité, en quoi et comment nous pouvons y travailler à travers la pratique du fair-play, relève de la plus haute noblesse.
Et constitue, en particulier dans le contexte actuel, et plus précisément pour la jeunesse, une sorte de révolution d’une urgence totale.
Pour qu’ils aient le temps d’apprendre à être présents à eux-mêmes et aux autres dans un monde où l’humanité est sans cesse à construire et reconstruire dans le Respect et la Fraternité.
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