Edito : Mars 2014

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En marge d’un procès qui n’a pas encore livré tous ses secrets

C’est tout à la fin de ce mois de février écoulé que, après treize jours d’audience, le président de la 49e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles a mis en délibéré le dossier autour d’une vaste fraude découverte dans le monde du football belge entre 2004 et 2006.  Trente et une personnes, dont d’anciens dirigeants et joueurs ainsi qu’une société luxembourgeoise, sont notamment poursuivies pour corruption, escroquerie, participation à une organisation criminelle ou encore blanchiment.

Après six audiences consacrées à l’instruction d’audience, le ministère public a utilisé six heures et demi pour prononcer son réquisitoire. A cette occasion,  il a notamment demandé six ans d’emprisonnement et 200.000 euros d’amende à l’encontre de l’homme d’affaires chinois Zehyun Ye en tant que chef d’une organisation criminelle. Pour les autres prévenus, les peines et les amendes réclamées par le procureur fédéral varient de 30 à 10 mois de prison d’une part et de 5.000 à 1000 € d’amende d’autre part.

Après les plaidoiries des parties civiles (dont font notamment partie le club d’Anderlecht, l’Union belge de football et la Pro League), 23 avocats se sont ensuite succédés devant le tribunal pour défendre leurs clients.  Le prononcé est attendu le vendredi 13 juin.

Une fois les condamnations connues, l’affaire dite des matches de football truqués  sera-t-elle terminée pour autant ?  Bien sûr que non.

Elle le sera d’autant moins que non seulement le principal prévenu ne s’est jamais présenté devant le tribunal mais surtout parce cette affaire n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan des 550 milliards de dollars qui est le montant auquel est évalué le chiffre d’affaires annuel des paris illégaux et des matches truqués.

Aujourd’hui, cette activité frauduleuse et criminelle représente sans doute le plus grand péril pour la crédibilité et la survie du sport . On parle beaucoup de la lutte contre le dopage. Ce combat est évidemment essentiel pour un sport propre et pour la santé des athlètes. Mais les paris illégaux sont d’une dimension encore plus grande et inquiétante. Ici, en Europe, les paris sportifs sont gérés par des opérateurs agrées avec une législation transparente. Tout est fait pour qu’il n’y ait pas de tricherie. Ce n’est pas toujours le cas ailleurs, notamment en Asie. Les opérateurs clandestins sont légion. Le football est concerné en première ligne. Il génère 85 % de ces paris avec, à la clé, de l’argent sale, de la corruption et de nombreux matches truqués avec des enjeux énormes cachés dans des paradis fiscaux.

C’est contre cette menace que doivent se mobiliser au plus vite, ici comme ailleurs, toutes celles et tous ceux qui ont à cœur de lutter pour que le sport reste une étoile brillante dans le ciel de notre univers.

Pendant la durée des audiences du procès précité, le Comité Olympique et Interfédéral Belge ne s’est pas manifesté pour dénoncer le caractère plus que dommageable de ces pratiques criminelles pour l’image du sport. Puisse-t-il le faire au moment du prononcé, le 13 juin donc.

Nous sommes prêts à le soutenir pour que, au sortir de ce cloaque immonde,  la voix du sport qui se veut source d’inspiration et d’épanouissement se fasse entendre, forte et claire.

Jean-Pierre Brouhon, Administrateur-trésorier.