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Le Fair-Play, c’est pas les Bisounours !

Faire la promotion du fair-play, quelle drôle d’idée ! N’est-ce pas là une notion désuète ? Notre monde actuel peut-il encore s’encombrer d’une telle naïveté ? Ce qui compte, c’est la compétition, la gagne, le profit. À quoi bon sensibiliser pour que le fair-play redevienne l’état d’esprit de tous les sportifs ? A-t-on vraiment besoin des sentiments d’égalité, de fraternité, de partage, d’entraide ? Pourquoi faire, ces actions que le Panathlon Wallonie-Bruxelles mène dans les écoles pour que les valeurs d’éthique sportive soient comprises comme une réelle composante de l’enseignement des jeunes ? Est-il bien utile d’invoquer la citoyenneté, pour utiliser au mieux les valeurs du sport comme vecteur de diffusion des valeurs sociétales ? À quoi sert-il de rester vigilants et attentifs aux événements qui pourraient remettre en cause lesdites valeurs et initier des actions pour sensibiliser les leaders d’opinion ?Lorsqu’on voit qu’une promo sur des pots de Nutella peut provoquer des émeutes, on peut s’interroger légitimement sur l’état de notre société. Les exemples que donne le monde du sport à la jeunesse semblent aller dans le même sens. Rien que sur les deux derniers mois, jugez plutôt : insultes racistes des supporters de Courtrai à l’égard du joueur nigérian du Standard, Uche Agbo (football). Suspension par le CIO de la Russie, premier pays dans l’histoire de l’olympisme à être sanctionné pour avoir organisé un dopage institutionnalisé (sports d’hiver). Un mois plus tard, annulation des sanctions du CIO pour un contingent des mêmes athlètes russes par le Tribunal arbitral du sport : allez comprendre. Tour des Flandres cycliste : en marge de la course, les organisateurs lancent le « Tour of Flanders business Academy », avec comme orateur vedette Lance Armstrong, l’un des plus grands tricheurs de tous les temps. Sur un terrain de basket en Wallonie, les parents de jeunes joueurs en viennent aux mains après s’en être pris aux entraîneurs. Quelques jours auparavant, bagarre générale entre ados sur un autre terrain de basket. Lors d’un match de foot entre les Francs Borains et La Louvière (2-1), une quarantaine de supporters louviérois furieux envahissent le terrain de leurs adversaires, s’attaquant aux joueurs et aux installations. Coups, lancement d’objets dans la figure sous le regard des gosses médusés. Dans la foulée, on apprend, par la championne de gymnastique américaine Simone Biles, qu’elle et ses coéquipières ont été victimes d’abus sexuels de la part de leur médecin, Larry Nassar. Nausée. Retour au foot : le défenseur du club londonien de West Ham, Arthur Masuak, écope de 6 matches de suspension pour avoir craché sur un adversaire. Ça ne vous suffit pas ? Allez, on en remet une couche. La fédération belge de football a choisi, pour composer l’hymne des Diables Rouges pour la coupe du monde, le rappeur Damso, auteur de ces lignes immortelles : « J’ai séché les cours, pour mouiller des chattes pendant que j’ai le barreau, bitch Ouais, ouais, ouais, ouais, ouais La pute est oblique, la pute a trop valsé Pas de quenelle en publique [sic], sinon Manu va valser (…) Tu veux de la coke, j’ai que de la poudre à canon Drapapapa j’te kill, à qui la faute ». On note, en 4 lignes : sexisme, racisme (la quenelle est un signe antisémite inventé par Alain Soral et Dieudonné), apologie de la drogue et incitation à la violence… De quoi donner aux parents l’envie d’amener leurs gosses au stade, non ?

Comment réagir à ces faits tous plus bouleversants les uns que les autres ? Il va de soi qu’il convient de les dénoncer sans équivoque : c’est bien le moins.

Mais au-delà, nous voulons agir partout, agir surtout ; en créant aussi la plus vaste des chaînes « vertueuses » allant des parents aux enseignants, des animateurs sportifs aux dirigeants politiques, des « anciennes gloires » aux « génies sportifs en herbe », des journalistes aux communicateurs de toutes sortes, des gestionnaires de centres sportifs aux volontaires (tout aussi bénévoles mais définitivement … volontaires et déterminés) avec pour unique ambition de remettre les vraies valeurs du sport au cœur de ce vaste mouvement social (plus de 2 millions de pratiquants en Belgique, quelque 30.000 clubs, des milliers d’animateurs-coaches-entraîneurs, des centaines de milliers de volontaires, etc.)

Le Fair-Play est un SportCar le sport, cela reste l’exploit, le dépassement de soi, la beauté du geste, une aventure initiatique, une épopée chevaleresque. Des grandes phrases aux petits gestes, le sport propose une rencontre, celle de l’autre, celle d’un-e partenaire ou d’un-e adversaire – le temps d’un jeu, d’un effort, d’une lutte. Et cette rencontre humaine porte en elle toute la beauté du monde, au-delà des langues, des coutumes, des croyances, des idéologies. Langage universel, le sport offre un terrain aux affrontements fraternels, des instants d’émotion, de rage ou de tristesse parfois solitaires, parfois partagés. Ces comportements, en un mot comme en cent, on appelle ça le fair-play. Certes, le sportif aime gagner. Perdre est parfois une tragédie, un cimetière des espérances, l’impasse des efforts. Mais ça reste beau. Car c’est humain, et tout ce qui est humain est beau quand ce n’est pas perverti par les dérives décrites ci-dessus.

Et pour donner leurs chances d’être « bien en sport » à nos jeunes et seniors, montrons-nous « totalement intolérants » face à ces dérives multiples et variées. Faisons-le savoir et affirmons haut et fort que « le fair-play est un sport ».
Le Panathlon Wallonie-Bruxelles s’y engage fermement depuis 15 ans et persistera tant que nous ne vivrons pas dans un monde sans racisme, sans sexisme, sans tricherie, sans harcèlement, sans distinction d’origine ethnique, de conviction philosophique ou d’idéologie politique.
Yves Kengen et Philippe Housiaux
Pour le Panathlon Wallonie-Bruxelles
www.panathlon.be